1793 - Dix députés girondins proscrits en fuite font halte au presbytère - GrandTerrier

1793 - Dix députés girondins proscrits en fuite font halte au presbytère

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Catégorie : Archives    
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§ E.D.F.

Sommaire

Autres lectures : « 1789 à 1799 - Les dates clefs de la Révolution à Ergué-Gabéric » ¤ « Fiches de Prosper Hémon sur les curés gabéricois pendant la révolution » ¤ « Rolland Coatmen, prêtre (1792-1795) » ¤ « CHATELLIER Armand (du) - Histoire de la Révolution en Bretagne » ¤ « LE GUILLOU-PENANROS Emile - L'administration du Finistère de 1790 à 1794 » ¤ « LOUVET Jean-Baptiste - Quelques notices pour l'histoire » ¤ « MEILLAN Arnaud Jean - Mémoires d'un député de la Convention » ¤ « GUADET Joseph - Les Girondins, leur proscription et leur mort » ¤ « 1910-1930 Notes manuscrites de Louis Le Guennec sur Ergué-Gabéric » ¤ 

1 Introduction

L'article ci-dessous est une lecture et analyse des documents attestant de l'hébergement au presbytère d'Ergué-Gabéric proposé aux députés Girondins pourchassés par les nouveaux républicains au pouvoir (les Montagnards), que ce soit les mémoires des députés eux-mêmes, ou les textes des mémorialistes et historiens qui se sont penchés sur cette affaire.

Le dernier texte découvert aux Archives Départementales du Finistère est le dossier "Prosper Hémon" (côte 19 J 20) [1] constitué par Prosper Hémon [2] qui avait l'intention de publier un article sur les « Girondins proscrits en Bretagne ».

Les acteurs de cette affaire rocambolesque sont :

  • Les hôtes de Quimper, républicains et proches des girondins :
    • L'avocat et député Augustin Le Goazre de Kervélégan [3] : c'est chez lui et sur son invitation que les proscrits vont se réfugier, en marchant depuis Caen où ils étaient menacés.
    • Le procureur-syndic et député François Abgrall [4] : il accueille les réfugiés girondins et leur propose la halte au presbytère d'Ergué-Gabéric.
    • L'ingénieur et faïencier Antoine De la Hubaudière, [5] : il héberge une partie des proscrits dans sa maison de Locmaria.


  • Le curé constitutionnel d'Ergué-Gabéric Rolland Coatmen. Contrairement aux allégations d'Armand du Chatellier et de Louis Le Guennec, le curé du Grand Ergué ne se nommait pas Louédon ou Loédon. En 1794 Rolland Coatmen reçoit officiellement le visa de son certificat de civisme, et en 1798 un deuxième certificat de résidence et de civisme.
 
  • Les dix députés Girondins proscrits en cavale qui s'arrêtent à Ergué-Gabéric :
    • Le marseillais Charles Barbaroux. Jeune figure révolutionnaire, il publie le journal « L'observateur marseillais ». Remarqué à la tribune de la Convention pour sa beauté et son éloquence.
    • L'écrivain Jean-Baptiste Louvet. Il vivra une idylle avec Mme Cholet, qu’il nomme Lodoïska en référence à l’une des héroïnes de son roman.
    • L'avocat normand François Buzot. Il fut aimé par Madame Roland, l’égérie des Girondins. Les lettres de Madame Roland à Buzot écrites en prison sont parmi les plus belles lettres d’amour de l’histoire de France.
    • L'avocat Jérome Pétion. En 1791, il est élu maire de Paris face à La Fayette.
    • Le financier normand Gabriel de Cussy.
    • Le médecin de la Meurthe, Jean-Baptiste Salle.
    • L'administrateur de Bayonne Arnaud-Jean Meillan.
    • Le médecin de la Gironde François Bergoing.
    • L'avocat d'Eure-et-Loir Denis-Toussaint Lesage.
    • Le juge d'Eure-et-Loir Jacques-Charles Giroust.
  • Les accompagnateurs : l'écrivain et avocat Honoré Jean Riouffe, né à Rouen ; le journaliste Joseph-Marie Girey-Dupré, rédacteur du journal Le Patriote français ; Joseph, domestique de François Buzot ; un sergent, un caporal et quatre soldats du bataillon qui servaient de guide.
  • Certains autres proscrits sont arrivés à Quimper par leur propres moyens : le magistrat et député de la Gironde Élie Guadet ; le militaire et député des Deux-Sèvres Gaspard-Séverin Duchastel ...

2 Les sources

Au départ, nous n'avions qu'une seule source incomplète, à avoir une note manuscrite de Louis Le Guennec attribuant le rôle du curé constitionnel à un dénommé Loedon-Keromen. Il existait bien un curé constitutionnel Loedon-Keromen à Plomeur, Jérome Loëdon de Keromen, celui-là même qui avait hébergé le voyageur Cambry en 1794, et par ailleurs Nicolas était un abbé de Gourin élu député à l'Assemblée nationale. À cette même époque le desservant assermenté du Grand Ergué qui pouvait accueillir nos réfugiés était Rolland Coatmen pour lequel il a été trouvé un certificat de résidence rédigé et visé en 1798.

Ceci est confirmé par le mémorialiste érudit Prosper Hémon [2] qui préparait un dossier sur les Proscrits girondins. Dans sa fiche sur Rolland Coatmen, il cite même les sources erronées des historiens, à savoir notamment Armand du Chatellier avec son « Histoire de la Révolution en Bretagne » et Émile Le Guillou-Penanros dans « L'administration du département du Finistère de 1790 à 1794, ».

 

À partir des récits d'Armand du Chatellier et d'Émile Le Guillou-Penanros, bien plus complets que ceux de Louis Le Guennec et de Prosper Hémon, on a pu identifier les vraies sources, à savoir les mémoires des participants à la cavale girondine :

Image:Right.gif Les « Notices pour l'histoire » de Jean-Baptiste Louvet.

Image:Right.gif Les « Mémoires » d'Arnaud-Jean Meillan.

Image:Right.gif La « Proscription et la Mort des Girondins » de Joseph Guadet, neveu d'Élie. Compilation des souvenirs familiaux et des deux témoins précédents.

Pour chaque publication on a rassemblé, dans les fiches bibliographiques respectives, les pages relatives au passage par le presbytère d'Ergué-Gabéric (cf. ci-dessous le chapitre "Documents").

3 Le récit

La dernière étape de la cavale des proscrits girondins depuis Caen, à savoir le trajet à pied de Rostrenen à Quimper, consista en « trente-deux heures de marche non interrompue », la plupart du temps sous la pluie battante et de nuit, car de jour ils pouvaient être reconnus et arrêtés. La pluie tombait sur eux à torrents, et ils étaient, pour ainsi dire, dans l'eau. « Je l'avoue, dit Louvet, l'heure du découragement était venue. ... ».

A deux lieues de Quimper, ils seront finalement accueillis par un ami de Kervélegan, à savoir François Abgrall, procureur-syndic de Quimper : « Ce brave homme pensant que nous arriverions le lendemain, allait courir la campagne pour nous préparer des asiles ».

La première action urgente vis-à-vis des réfugiés fut de leur procurer du "lambig" (eau-de-vie de cidre) pour les réchauffer : « Notre nouveau conducteur nous mena d'abord chez un paysan, où, sur notre mine, nous n'aurions jamais obtenu le petit verre d'eau-de-vie et le peu de pain noir qui nous furent donnés. Une liqueur des îles et de la brioche ne nous avaient jamais paru si bonnes. ». Il est sûr que les députés ne parlant pas la langue bretonne locale n'auraient jamais pu obtenir seuls un tel réconfort.

 

Ensuite, ne pouvant pas rejoindre Quimper avant la nuit, il fut décidé qu'ils se reposent au presbytère, aux bons soins du curé constitutionnel Rolland Coatmen : « Le bonhomme nous chauffa, nous sécha, nous traita, nous coucha, nous cacha jusqu'à la fin du jour. ».

Pour ne pas voir arriver les sans-culottes les arrêter, ils furent tout d'abord présentés comme « des administrateurs du département qu'un décret d'accusation forçait à se cacher ». Comme leur arrivée excitait toujours la curiosité des gabéricois, Abgrall préféra les présenter comme « des soldats de la garnison de Quimper qui avaient couru toute la nuit après des prêtres réfractaires, et qui se reposaient au presbytère pour recommencer leur poursuite la nuit suivante ».

La nuit venue, « ils quittèrent le bon curé pour se rendre en ville chez De la Hubaudière où ils arrivèrent sans accident entre neuf et dix heures. De là ils furent distribués en diverses maisons pour y attendre le jour du départ ... ». Ils partiront tous de Quimper, la plupart par bateau vers Bordeaux et St-Emilion. La moitié d'entre eux seront soit assassinés, soit guillotinés.

4 Documents

A. « LOUVET Jean-Baptiste - Quelques notices pour l'histoire »

B. « MEILLAN Arnaud Jean - Mémoires »

C. « Rolland Coatmen, prêtre (1792-1795) »

D. « GUADET Joseph - Les Girondins, leur proscription et leur mort »

E. « CHATELLIER Armand (du) - Histoire de la Révolution en Bretagne »

F. « LE GUILLOU-PENANROS Emile - L'administration du Finistère de 1790 à 1794 »

G. « 1910-1930 Notes manuscrites de Louis Le Guennec sur Ergué-Gabéric »

5 Annotations

  1. Information et document communiqués par Pierrick Chuto, passionné d'histoire régionale, est l'auteur de nombreux articles (Le Lien du CGF, La Gazette d'Histoire-Genealogie.com ... ) et de cinq livres sur le Pays de Quimper : § [ses publications] .. Dans le dossier en question Prosper Hémon dresse notamment une fiche sur chaque curé gabéricois constitutionnel ou réfractaire : « 1870-1910 - Fiches de Prosper Hémon sur les curés gabéricois pendant la révolution ». Voir la fiche manuscrite relatant la halte des proscrits à Ergué-Gabéric dans l'article consacré au curé constitutionnel Rolland Coatmen : « Rolland Coatmen, prêtre (1792-1795) ». [Ref.↑]
  2. Prosper Hémon (1846-1918), historien érudit breton et membre fondateur de la Société Archéologique du Finistère, était conseiller de préfecture et frère de Louis (1844-1914) député et sénateur républicain. Son neveu Louis, fils de son frère Félix, est le célèbre écrivain émigré au Canada, auteur du roman du terroir « Maria Chapdelaine ». En 1902, Prosper publie une brochure sur Sébastien du Trévou, un lieutenant de vaisseau, commandant de la corvette Le Papillon en 1787 et 1788. Des notes conservées aux A.D.F. sous la côte 19 J 20. attestent de son projet d'une publication sur les députés girondins proscrits en Bretagne. [Ref.↑ 2,0 2,1]
  3. Augustin Le Goazre de Kervélégan (1748-1825). Avocat et révolutionnaire français né à Quimper. Avant la Révolution française, il a été désigné comme maire et sénéchal de la ville de Quimper en 1774, à l'âge de 26 ans. Figure sur la liste des députés arrêtés lors de la Journée du 2 juin 1793. Il échappe à ses gardiens le 29 juin 1793, se réfugie à Caen, puis dans son Finistère natal. Mis hors la loi, il se cache dans son manoir jusqu'à la chute de Robespierre et ne reparaît à la Convention qu'en mars 1795. [Ref.↑]
  4. François Abgrall (1757-1805). Il fut un des rédacteurs du cahier des avocats pour la sénéchaussée de Quimper. Nommé administrateur du district de Quimper, puis procureur syndic, il publia le compte rendu des opérations de cette assemblée, et quitta ces fonctions en 1792 pour s'enrôler dans le bataillon des 300 volontaires fédérés du Finistère, appelés par les Girondins sous le titre de « Garde départementale » contre les 48 sections de Paris. C'est en sa qualité de premier volontaire inscrit qu'Abgrall parut devant la Convention, le 23 décembre 1792, à la tête des nouveaux fédérés bretons; la délégation fit entendre à l'assemblée un violent réquisitoire qui se terminait ainsi : « Que la ville de Paris soit notre soeur en amitié, notre égale en patriotisme, mais non pas notre supérieure on droit; nous ne le souffrirons jamais! Nous savons nous battre, nous ne savons pas assassiner! » [Ref.↑]
  5. Antoine De la Hubaudière (1744-1794), originaire de la région de Fougères et ingénieur en second des Ponts et Chaussées, s'installa à Quimper en décembre 1768. En 1771 il épousait la fille du faïencier Caussy qui avait son établissement à Locmaria en Quimper. [Ref.↑]