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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Les biens nationaux à Kernaou

Billet du 19.10.2019 - Archives privées et documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : le document d'estimation de 1794 par deux experts habilités, le sommier des comptes l'émigré noble François Louis de La Marche, et la vente par adjudication en 1795 à l'avoué Jean-Marie Le Roux.

La métairie de Kernaou, exploitée par René Le Maguer, est une propriété foncière de François-Louis (orthographié "Jean Louis" dans le document d'estimation) de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre. Mais les biens déjà vendus en bien nationaux, à l'instar de Kernaou, ne seront pas restitués aux héritiers nobles.

L'estimation des biens des 21-25 brumaire de l'an 3 (11.11.1794) se fait sur 5 jours en présence des experts Salomon Bréhier et Jean-Marie Le Roux, de l'officier municipal Jean Le Jour, et du domanier René Le Maguer.

La maison principale (MM sur le plan ci-contre) est en « grosse taille couverte d'ardoise et manquant de grosse réparation » et qualifiée de « maison manalle » (à l'allure d'un manoir). Elle est dotée de « deux grandes fenêtres à son rez-de-chaussée, une grande cuisine et large vestibule » et « un grenier en toute course de la maison » de 45 pieds de long, soit 14,50 mètres. La belle porte ouvragée n'est pas mentionnée, ce qui semble indiquer un ajout plus tardif, les pierres maçonnées tranchant sur les pierres de "grosse taille" (cette porte arrondie à pinacles ayant pu être transférée d'une maison manalle voisine comme Kervreyen, après la Révolution).
La suite des bâtiments, « vis-à-vis la dite maison à son bout du levant », est le Pavillon (lettre P sur le plan), « en moëlon couvert d'ardoises », lequel était, encore au 20e siècle dernier, désigné sous le nom de « Maner kozh » (vieux manoir). En 1794 il est composé à son rez-de-chaussée d'un « appartement sans feu et servant de crèche » et au-dessus d'une « chambre à feu pratiquée par un perron en dehors en pierre ».

La maison principale était occupée par les tenanciers, l'appartement et la chambre étaient vraisemblablement réservé aux propriétaires fonciers, nobles avant la Révolution, lorsqu'ils venait se mettre au vert ou chasser. Cette pratique s'est maintenue au 19e siècle comme en atteste un bail daté de 1824 : « Les propriétaires se réservent la maison dite "Le Pavillon" qu'ils pourront fréquenter quand et par où bon leur semblera. »

La suite de la description des lieux mentionne deux crèches (cr1 et cr2 sur le plan) à l'ouest du pavillon, « en moëlon et couvert de gleds » (chaume). On notera la présence de « fendasses » (ouverture en "fente") et d'un mur intérieur de soutien dit « arras ».

Une grange (gr sur le plan) est signalée au nord de la maison principale, séparée de cette dernière par l'aire à battre (ab sur le plan). Au sud de la maison manalle, dans la cour ou placitre intérieur, on trouve le puits et le « pors à frambois » (code pf sur le plan), c'est-à-dire l'endroit où était entassé le fumier des bêtes.

 

L'estimation porte sur l'ensemble des terres dépendant du manoir de Kernaou, en excluant la deuxième division constituée de la petite ferme Ty-Plouz au nord et aujourd'hui disparue. La surface totale de la première division est de 34,5 journaux, c'est-à-dire 17 hectares.

Le montant estimé pour une mise en vente du lot tient compte des réparations à effectuer sur la maison principale et se monte à 4100 livres. Lors de la vente aux enchères du 19 floréal de l'an 3 (08.05.1795) la mise à prix démarre à 10.000 livres. Il s'en suit quelques propositions de surenchères, dont celle de Kernafflen, le vice-président du directoire du district de Quimper. In fine le citoyen Jean Marie Le Roux fait son unique offre à 38000 livres et emporte la mise.

Jean-Marie Le Roux, est avoué à Quimper, beau-frère de Salomon Bréhier, et tous deux éteient cosignataires du rapport d'expertise de Kernaou. En devenant adjudicataire, il pourrait être soupçonné de conflit d’intérêts, mais ce genre de situation est très fréquente à l'époque.

Jusqu'aujourd’hui Kernaou est resté la propriété des descendants des Le Roux, ce par le biais des femmes. En commençant par Julie Le Roux, fille de Jean Marie, et qui se marie à un Jean Le Bastard dont hériteront les Lunven, les Kerselec, et enfin la famille de Kerlivio. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio :

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication du manoir de Kernaou »

2 Bulletin Kannadig d'octobre

Billet du 12.10.2019 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises de l'été 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, treize articles sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les chaumières, penntys et manoirs sympathisants.

Pour commencer, un article sur la couleur bleue/glaz via une exposition de photos et une collection de peintures à l’huile.

Ensuite deux évocations sur les suites de chutes de clocher, l’un sur la flèche sculptée de Kerdévot, l’autre sur les démarches de restauration à Saint-Guinal.

Les quatre sujets suivants sont aussi sur des thèmes religieux : des prés sous l’invocation d’un saint mystérieux, l’analyse de trois cantiques, l’application de la loi Goblet dans les écoles privées du Bourg et de Lestonan.

Trois documents d’archives du 15e au 17e siècle sont étudiés : la sentence royale en 1682 pour la tenue de Croas-ar-Gac, un mémoire sur la noblesse gabéricoise du 15e et 16e, et enfin le rentier de Botbodern pour la mouvance de Kerdilès.

La période révolutionnaire n’est pas oubliée : le sommier des comptes des émigrés et la vente de Kervreyen en bien national. Et enfin, on termine par la fontaine du Roi Soleil et son platane tutélaire.

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 47 Octobre 2019 »


Par ailleurs, quid des annales ?

Nous avons décidé cet été de les publier uniquement en années paires, ce qui permettra de sortir courant 2020 le n° 2 en incluant deux nouveaux dossiers complets inédits : la Révolution et les Écoles. Le n° 1 des annales de 2018 est aussi en cours de réimpression, avec quelques petits compléments et retouches.

En savoir plus : « Annales du GrandTerrier »


Que la fin d’année 2019 nous incite tous à être encore plus inventifs et curieux !

 

3 Archives privées du 16e siècle

Billet du 05.10.2019 - Rentier des rentes payées au seigneur de Botbodern d'Elliant par les détenteurs des mouvances proches en Elliant et de Kerdilès en Ergué-Gabéric : grand merci à Loïc Le Roy de Kerderrien de nous avoir communiqué ce document issu du fonds d'archives privées de Louise De Guengat.

Le document est très bien conservé et l'écriture est élégante, mais néanmoins, du fait de son ancienneté, il n'est pas facile à décrypter, ce qui peut expliquer certaines transcriptions lacunaires pour l'instant. C'est l'occasion de pratiquer un peu de paléographie, notamment le déchiffrage des chiffres romains minuscules tels qu'ils étaient calligraphiés au 16e siècle.

La mouvance de Kerdilès, dont l'origine toponymique serait le « lieu des tilleuls », est située en bordure est de la commune d'Ergué-Gabéric et à proximité immédiate du manoir du Botbodern en Elliant.

Au 16e siècle les propriétaires nobles du domaine de Botbodern sont les Tromelin (héritiers des Rosmadec), dont la dernière du nom est Marie de Tromelin, veuve d'Alain de Guengat (mort en 1531) qui décède en 1547. En 1536 il est question de «  sieur et dame de Guengat Sr de Botbodern, Kerongar et Kerlenic », laquelle dame est Marie de Tromelin, et le sieur le fils (Jacques) ou le petit-fils (René) d'Alain.

En 1550-51 la dame de Botbodern étant décédée à son tour, les rentes des mouvances sont vraisemblablement dues au petit-fils René de Guengat, décédé en 1563.

Norbert Bernard, dans son étude « Chemins du Ve au XVIIe siècle à Ergué-Gabéric », précise les six mouvances dépendant de la seigneurie de Botbodern : Méout vian, Méout vras, Keryan, Kerveil, Kerveguen, Kerdilès. La dernière est qualifiée de mouvance majuscule (lettre B) alors que les 5 autres sont dites minuscules (b).

 

Le rentier de Botbodern de 1550-51 ne comprend que les paiements des mouvances majuscules, à savoir 7 villages elliantais (Kerancorre, Mesfal, Kerdanyc, Keradenen, Kerlenyc, Kerongar, Kerlangnez), et « Kerdyllès » en Ergué-Gabéric. Le titre de 1551 est « ce quy a esté percu davecques les homes de Botbadern l'an mil cynq cent cinquante ung », et celui de 1552 « ce que les homes de Botbadarn ont payé à la seynct Mychel lan myl cinq cent cynquante et deulx ».

Tous les paiements annuels sont en nature, soit en animaux (1 ou 2 chapons, à savoir des jeunes coqs châtrés, ou un mouton), soit en céréales (froment, orthographié « fourmant », avoine, seigle et mil). Cette dernière céréale, appelé aussi millet en Afrique, aux grains ronds et jaunâtres, est cultivée localement et apprécié en laitage.

Au village de Kerdilès, les fermiers débiteurs de Botbodern sont au nombre de 8, dont le principal est Allayn Connan. En 1551 il doit « 4 renées fourmant - 8 renées seglle - 2 renées myl pour deux ans - 6 renées avoyne - 2 chapons » (cf. fac-similé ci-dessus).

L'unité de mesure des céréales au 16e siècle est la « renée », qui peut-être soit comble (par défaut, avec dépassement du rebord en son milieu), soit rase. Cette mesure est réputée généralement représenter un 1/24 de tonneau, ce qui doit être assez voisin d'un boisseau de 13 litres.

En savoir plus : « 1551-1552 - Kerdilès dans le rentier de la seigneurie de Botbodern »


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La réédition enrichie et augmentée du livre publié en 2013 « Les exposés de Creac'h-Euzen » sort en librairie le 15 octobre 2019. Elle inclut des précisions et nouvelles découvertes inédites sur les enfants trouvés du 19e siècle en région quimpéroise, notamment ceux nés ou accueillis sur le territoire gabéricois. Son auteur, Pierrick Chuto, vous propose une souscription pour un prix de 19 euros au lieu de 25. Attention au délai court, l'offre n'est valable que jusqu'au 14 octobre. Plus d'infos sur http://www.chuto.fr/

4 Les biens nationaux de Kervreyen

Billet du 28.09.2019 - La description de la métairie de Krevreyen confisquée à l'émigré noble François-Louis de La Marche père et son acquisition aux enchères par le citoyen Vincent Simon Mermet de Quimper, au travers du document d'estimation de 1794, et l'adjudication aux enchères en 1795.

La ferme de Kervreyen, exploité par René Lozac'h, est une propriété foncière de François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué qui s'est réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre.

Mais les biens vendus en biens nationaux, comme la « ferme manalle » de Kervreyen, ne seront pas restitués aux héritiers nobles. Telle qu'elle est décrite dans le document d'estimation des 1er, 2, 3, 4, 5 et 6 messidor de l'an 2 (09.06.1794) par les experts Le Blond et Bréhier, c'est « une ferme considérable dans son étendüe », tellement étendue que les administrateurs du Directoire profitent de cette expertise pour réintégrer certaines terres dans le lot d'adjudication voisin, à savoir « la petite ferme ditte ruine de Kerfort  ».

La description de Kervreyen commence par la « maison manalle maçonné en brossage et couvert de gleds ». L'adjectif « manal » indique bien que cette grande bâtisse de 58 pieds (18 m 58), avec étage et grand grenier couvert de « gleds » (chaume) et de pierres taillées en joints brossés, avait l'allure d'un imposant manoir. Le premier étage constituait les « appartements » avec ses deux portes ouvertes au nord accessibles par un escalier de pierres.

Placée sur le plan cadastral établi en 1834, la maison manalle (cf code MM sur le plan ci-contre) est orientée ouest-est au milieu de corps de ferme. La configuration actuelle, aujourd'hui dégagée, atteste de sa démolition probable au 19e siècle et de la reconstruction d'autres bâtiments orientés nord-sud de part et d'autre.

Dans l'ordre du document d'estimation les deux bâtiments attenant à la maison manalle sont des crèches (cf code cr1 et cr2) et au milieu, de part et d'autre est le « pors à frambois » (cf code pf), c'est-à-dire l'endroit où était mis le fumier des bêtes.

La crèche au nord (cf code cr3) fait la limite de l'aire à battre et d'un deuxième « pors à frambois ». Du côté du levant on a un puits (la margelle a été déplacée récemment) et un four à pain (un beau four est visible aujourd'hui plus au sud à l'entrée du corps de ferme.

Cette crèche aujourd'hui constitue une belle maison, mais ne dispose pas des mêmes surface et hauteur que la « maison manalle » avant la révolution. À l'ouest de cette crèche, présence d'une grange aux dimensions inférieures à celle qu'elle a aujourd'hui, ayant été vraisemblablement rebâtie au 19e siècle.

On note ensuite dans le document, une maison et ses deux crèches « au couchant », à l'ouest sur le chemin de Kerfors, lesquelles ont disparu sur le plan cadastral de 1834.

Par contre le cadastre fait apparaît deux bâtisses non signalées en 1794, à l'est des maisons principales de Kervreyen. L'une est une petite maison carrée, appelée communément « Pavillon », l'autre un bâtiment sans doute agricole. Le pavillon était vraisemblablement une maison de villégiature construite par le nouvel acquéreur, Vincent Simon Mermet qui habitait la ville de Quimper et qui venait ici au vert, probablement pour l'exercice de la chasse.

 


Les terres cultivables de Kervreyen sont nombreuses, et au plus près des bâtiments il y a de nombreux « courtils » (jardins), dont la plupart sont déclarés plantés d'arbres fruitiers. Même si la ferme de Kerfort est désormais allotie avec des terres proches qui étaient intégrées auparavant à Kervreyen, certaines grandes parcelles au nord et sud de Kerfort sont maintenues dans Kervreyen avec une clause spéciale : « il sera deub passage pour fréquenter les terres disjointes de Kervreien ».

Le nouveau domaine de Kervreyen alloti et mis en vente par adjudication compte au total 76 journaux et 9 cordes, ce qui fait un peu plus de 37 hectares. Le prix estimatif de l'ensemble, c'est-à-dire des bâtiments, terres labourables, prés, bois, fruitiers, est de 8135 livres.

L'adjudication a lieu le 19 floréal an 3 (08.05.1795), et la première enchère est offerte pour 12.000 livres par le citoyen Mermet. Le citoyen Le Blond, coauteur de l'estimation faite un an auparavant, démultiplie l'offre à 40.000 à la 2e enchère. Et ensuite c'est une escalade entre Mermet et le citoyen Calloc'h, pour finir à 100.400 livres octroyées par Mermet le Jeune.

Vincent Simon Mermet, dit le Jeune par opposition à son demi-frère Pierre Marie de 3 ans son aîné, est un négociant de Quimper d'une famille ayant fait fortune dans le commerce de draps et de vin. La famille Mermet de Quimper compte des membres des loges locales de francs-maçonnerie, notamment le demi frère de Vincent Simon et son neveu.

Il faut noter aussi le fait exceptionnel que Kervreyen est resté la propriété jusqu'aujourd’hui des descendants des Mermet, ce par le biais des femmes. En commençant par Céline Mermet, fille de Vincent Simon, et qui se marie à Guillaume Le Guay du manoir gabéricois du Cleuyou. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio (cf lien dans l'article).

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication de la métairie de Kervreyen »

5 Kantikoù Brezhoneg e Breizh-Izel

Billet du 21.09.2019 - Les cantiques bretons sont des chants sacrés populaires chantés à l’occasion des messes et pardons en Basse-Bretagne.
Vision de Jean-Marie Déguignet : « Dans les derniers couplets de toutes ces complaintes, il est toujours fait appel à la bourse des ouailles pour dire des messes pour la conversion des impies et des hérétiques et pour la délivrance des âmes du purgatoire, surtout pour les âmes abandonnées  ».

Dans ses « Mémoires d'un paysan bas-breton », publiées en 2001 en version intégrale, Jean-Marie Déguignet (1834-1905) présente trois de ces cantiques, très connus encore aujourd'hui, en citant un ou plusieurs couplets et en donnant sa vision critique, tout en soulignant leur beauté et l'importance qu'ils avaient pour ses concitoyens :

Image:Right.gifImage:Space.jpgA. « M'hoc'h ador, ma Doue ma c'hrouer », "Je vous adore, Dieu mon Créateur", en page 141.

Image:Right.gifImage:Space.jpgB. « Guerz ar garnel », "la ballade du charnier ou de l'ossuaire", en page 462.

Image:Right.gifImage:Space.jpgC. « Kantik ar baradoz », "le cantique du paradis", en pages 464 et 474.

Le premier cantique a les faveurs de Déguignet pour sa mélodie reconnaissable entre toutes (cf. enregistrement de Yann-Fanch Quemener ci-dessus) : « il se chante sur le plus bel air que je connaisse en breton ».

Le couplet cité par le paysan bas-breton est la prière à l'ange gardien, invoqué par lui, enfant, pour le préserver de l'esprit du mal : « Va mirit ouz an drouc-speret ». Mais ayant quand même des mauvaises pensées, malgré sa prière, Déguignet pose ce trait d'humour : « C'était à lui de répondre de moi, et non à moi de répondre de lui ».

 

Le second cantique dit du charnier a été écrit en 1750 par Fiacre Cochart, prêtre de Ploudaniel. On chantait jadis cette « Guerz ar garnel » le jour des morts dans nos cimetières bretons, au moment où la procession funèbre arrivait devant l'ossuaire.

Cette procession a d'ailleurs été fort bien décrite par Anatole Le Braz : « La foule s'avance, clergé en tête, en un long serpentement noir, dans le gris ouaté du crépuscule ; le vent gonfle les surplis des prêtres, les mantes des femmes, hérisse les chevelures floconneuses des vieillards, attise les cires ardentes aux mains des enfants de chœur. Devant l'ossuaire on s'agenouille, et l'assistance entonne une sorte d'incantation pleine à la fois d'angoisse et de fougue, et qui secoue les chanteurs eux-mêmes d'un inénarrable frisson ... ».

Dans la « Guerz ar garnel », ce sont les ossements qui s'adressent aux vivants : « Ni zo bet war ann douar o rén kerkoulz ha c'houi, O tiviz, hag o vale , oc'h eva , o tibri » (Nous avons vécu sur terre, tout comme vous, Nous avons devisé, marché, bu, mangé). Déguignet s'en sert pour dénoncer la tristesse voulue par les clercs tonsurés qui ont composés les cantiques « pour effrayer leurs troupeaux », alors que les bretons étaient « gais et riants, en vrais enfants de Bacchus », même devant la mort.

Le troisième est le célèbre cantique du paradis. Il a été collecté par Hersart de La Villemarqué dans son anthologie du « Barzaz Breizh » de 1841. On l'attribue généralement à Michel Le Nobletz (1577-1652), mais la tradition populaire voudrait qu'il fût composé par saint Hervé en personne.

Déguignet le qualifie de « joli cantique breton » et défend l'idée que son contenu a pour but de tromper les ouailles, de « détacher complètement leur cœur des biens de ce misérable monde, de ne jamais songer qu'aux biens précieux et éternels de l'autre monde ».

Il compose même, pour se moquer, des variantes des paroles du cantique : « Jesus peguen bras ve - Plujadur an dudze - Mar c'helfen kaouet tout - Ar c'hreyen ac ar yout » (Jésus, combien grand serait - Le plaisir de ces gens - S'ils pouvaient avoir tout - La chèvre et le chou).

En savoir plus : « L'évocation des cantiques bretons par Jean-Marie Déguignet »

6 Interventions pour restaurer un clocher

Billet du 14.09.2019 - En janvier 1837, le conseil de fabrique demande en langue vernaculaire une aide financière au roi Louis-Philippe pour couvrir les dépenses de reconstruction du clocher de l'église paroissiale St-Guinal terrassé par la foudre, ultime étape d'une campagne de lobbyisme politique.

Cette lettre en breton présente ainsi le contexte afin d'obtenir les subsides nécessaires à la restauration : « "Aotrou Roue, Ar bloavez 1836 a zo bet, e gwirionez, leun a drubuillou evidom. Gwall glaharet om bet o klevout oh bet-c'hwi teir gwech war-bouez beza drouglazet hag an avel e-neus diskaret tour iliz ar barrez d'an eil e viz c'hlouevrer ... » (Sire le Roi. L'année 1836 a été, en vérité, pleine de soucis pour nous. Avec une grande douleur, nous avons appris que vous avez été trois fois sur le point d'être assassiné et le vent a abattu la tour de notre église paroissiale le second jour de février).

Constatant l'habileté de la lettre, dans sa version traduite en français, la générosité royale abonde une somme de 300 francs à verser au curé d'Ergué-Gabéric. Mais en parallèle des actions en lobbyisme politique ont été menées par les gabéricois auprès du conseil général, de la préfecture, de l'évêché, des ministres, pour pouvoir mettre en exécution la reconstruction du clocher de l'architecte Bigot et de l'entrepreneur L'Haridon.

Grâce au dossier préfectoral conservé en série V « Cultes 1800 - 1907 » aux Archives Départementales du Finistère (cf les documents originaux et les transcriptions en fin d'article), on en sait un peu plus sur ces démarches et sur les circonstances qui ont décimé le clocher en plein bourg le 2 février 1836, « par l'effet d'une tempête d'autant plus redoutable que le fluide électrique y présidait ».

On apprend notamment que la chute des pierres du clocher n'a fait aucune victime : « Ce sinistre aurait sans doute occasionné des malheurs incalculables, si la providence n'avait veillé sur nous. C'était l'heure de la grande messe de la fête, qui, fort heureusement, se célébrait ce jour-là, à la chapelle de Kerdevot, située à une distance d'environ une lieue du bourg. »

Les dégâts matériaux sont considérables : « Ce clocher de forme pyramidale a été renversé et sapé jusqu'à sa base ». La tornade n'a laissé aucune chance de survie, non plus, aux deux cloches : « L'une des cloches a été brisée en plusieurs morceaux, la seconde est fendue de manière à ne rendre aucun son ».

 
Les travaux de restauration incluent leur remise en service : « Les deux cloches brisées seront refondues, chacune d'elles pèse 260 kilogrammes à 1fr 90c le kilo, prix moyen, eu égard au déchet de la veille matière »

On dispose du devis détaillé de l'entrepreneur L'Haridon, maître-maçon à Pleyben, sur les plans de l'architecte départemental et diocésain Joseph Bigot. Certes on peut regretter « une élévation moindre que l'ancien clocher », mais la nouvelle tour est solide, et les nouvelles pierres taillées sont extraites de la carrière locale de Crec'h-Ergué, car « les pierres en provenance et notamment celles avec moulures, ont été généralement brisées ».

Quant aux aides publiques pour financer les travaux, ce n'est pas la lettre en breton au roi Louis-Philippe début 1837 qui a permis de récolte, mais une lettre pétition du 3 avril 1836 au ministre de la Justice et des Cultes signée des membres du conseil municipal : « Ce désastre a plongé les habitants dans la consternation, en songeant à l'impossibilité où ils se trouvent de porter d'eux-mêmes, un remède à un si grand malheur ... Notre seul espoir, en coopérant autant que nos moyens nous le permettent, est en vous, Monsieur le Ministre, et dans le conseil général du département. »

Le ministre garde des sceaux, Paul-Jean-Pierre Sauzet, répond personnellement en demandant au préfet d'instruire le dossier. Son successeur à la justice, Jean-Charles Persil, accordera 500 francs sur les fonds de l'Etat et la même somme sera votée par le conseil général, via le député Jean-François Le Gogal de Toulgoët. Mais localement les habitants feront mieux en donnant au total 1100 francs.

En savoir plus : « 1836-1837 - Lettres et archives relatives à la chute du clocher St-Guinal et sa restauration »

7 Patrimoine naturel de Kervreyen

Billet du 07.09.2019 - Wikipedia : « Un arbre remarquable est un arbre repéré pour diverses particularités. Il relève donc d'un patrimoine par sa rareté, ses dimensions, sa position, son âge ou encore sa force symbolique. Le patrimoine en question est naturel, culturel, paysager ... »

Dans la série « patrimoine naturel », voici une petite collection de photos présentant l'if, le chataignier, le platane et la « fontaine du roi soleil » se trouvant au village de Kervreyen.

Cet immense platane déploie ses branches et son tronc noueux sur le bord du chemin menant à Kervreyen, près d'un petit étang ou zone humide en eau pendant l'hiver, et fait de l'ombre à une fontaine toute proche.

On peut également admirer près du pignon ouest de la maison principale de Kervreyen un très bel if, remarquable et plus que centenaire également ; et sur  le  chemin, à  gauche  en  montant

  vers Krevreyen, un châtaignier avec un tronc au diamètre impressionnant ; et enfin dans le bois jouxtant Kernaou un hêtre majestueux (cf. la galerie de photos des arbres dans l'article).

La fontaine de Kervreyen, toujours en eau, est communément appelée la « fontaine du roi soleil » car un soleil est gravé sur sa pierre intérieure.

En ce mois de septembre 2019, la fontaine est bien visible, après un défrichage des orties et des herbes folles. La pierre arrondie en arc au-dessus de la source est en place, et des pierres ouvragées en aval bloquent l'eau, tout en laissant le filet s'écouler vers la zone basse humide.

De part et d'autre d'autres pierres sont tombées, et il serait intéressant de compléter le puzzle de l'ouvrage.

Les anciens des villages avoisinants se rappellent de ce lieu comme d'un endroit rafraîchissant par grande chaleur. Et ils se souviennent aussi qu'entre la fontaine et le petit étang le cresson était abondant et apprécié.

En savoir plus : « Un platane avec sa fontaine, et autres arbres remarquables de Kervreyen »

8 Sommier des comptes des émigrés

Billet du 31.08.2019 - Ouverture du chantier d'analyse de l'affaire des biens nationaux confisqués aux nobles gabéricois ayant fui leurs terres à la Révolution pour s’exiler à l'étranger : pour démarrer un tableau global de la situation est proposé, des analyses détaillées devant être publiées prochainement.

À titre donc d'illustration, un gros registre inédit, dit « n° 122 de l'inventaire », constitué pour Ergué-Gabéric de 57 folios recto-verso et conservé aux Archives Départementales du Finistère sous la cote 1 Q 2403.

Ce sommier comptable a pour but de noter toutes les dépenses et recettes enregistrées pendant la période de séquestre des biens nationaux nobles confisqués aux nobles exilés à l'étranger, ce avant les adjudications aux enchères, les dons, amnisties, cessions privées ou adjonctions au domaine agricole de la légion d'honneur.

Plus de 90 lieux - manoirs, métairies et fermes - confisqués sont inventoriés, pour lesquels sont indiqués le nom du noble émigré propriétaire foncier, le tenancier « à domaine » ou « à ferme » avec le montant de la rente, les impôts payés aux nouvelles autorités, les remboursements de dépenses, les dates de vente, de dons et de la main-levée finale.

Le registre est basé sur un classement et une répartition sur les six familles nobles émigrées, les Lamarche père et fils détenant plus de la moitié des lieux (55 sur un total de 90) :

Image:Right.gifImage:Space.jpgDerval : Joseph Derval, seigneur de Kergoz en Plomeur, héritier des Kersulgar de Mézanlez, lieutenant au régiment du roi, est émigré en Angleterre à la Révolution et exécuté en 1795 à Vannes. Dans les actes d'adjudication ce sont les sœurs de Joseph, Pauline

  et Angélique, qui sont considérées comme les propriétaires. Les lieux détenus sont le manoir de Mezanlez, lequel échoit par adjudication au citoyen Jean-Marie Le Roux, le moulin de Mezanlez, Kergonan, Bohars, Kergamon, Ruebernard et Lostanquiliec.

Image:Right.gifImage:Space.jpgRohan : Les Rohan-Guéméné : Henri-Louis-Marie de Rohan, prince de Guéméné, a émigré en Suisse, puis en Allemagne, puis dans l'armée autrichienne, mais les terres des Rohan autour de Kerjestin leur avaient déjà été confisquées lors des événements de la Ligue pour être intégré au domaine du roi. Les lieux séquestrés sont situés à l'est de la commune : Keranroué, moulin du Faou, Kermoisan, Keriou. Tous ces lieux ne sont pas privatisés, mais constituent désormais le domaine agricole de la légion d'honneur comme l'indique le registre : « donné à la légion d'honneur suivant lettre du directeur général du 13 pluviôse an 12 ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgDonge : L'émigré du vicomté de Donges n'est pas précisément identifié : s'agit-il d'un Kerhoent, héritier de Guy-Marie de Lopriac († 1764), comte de Donges, marquis d'Assérac et seigneur de Botbodern ? En tout cas il s'agit bien ici du domaine de Botbodern, localisé ici à Ergué-Gabéric, mais en réalité à Elliant, et ses tenues à Kerdilès et Kerdévot.

Image:Right.gifImage:Space.jpgGeslain : Marie-Hyacinthe Gélin, engagé comme officier chouan dans l'armée de Cadoudal, mort à Quimperlé en 1832, est le propriétaire foncier noble du domaine de Pennarun. Les lieux confisqués sont le manoir et le moulin de Pennarun, de nombreuses dépendances au bourg, et les villages de Boden, Squividan, Loqueltas, Kerellou. Le manoir est attribué au citoyen Vinoc de Quimper à la vente aux enchères.

Image:Right.gifImage:Space.jpgLamarche père et fils : François-Louis de La Marche, le père, est émigré et décédé sur l'île de Jersey en 1794 et Joseph-Louis-René de La Marche, le fils, est exilé sur l'île Grande-Terre de la Guadeloupe. Ils seront amnistiés, à titre posthume pour le père, et certains biens resteront dans la famille de La Marche. Les lieux séquestrés sont le manoir de Lésergué (une fiche très laconique dans le registre, si ce n'est « à Lamarche fils » du fait de l’amnistie), les ruines de Kerfort, la tenue et le moulin de Kernaou (adjugé à Jean-Marie Leroux), la tenue de Kervreyen (acquise par Simon Mermet), et 50 autres lieux.

Image:Right.gifImage:Space.jpgTintigniac : François-Hyacinthe de Tinténiac, émigré à Londres fin octobre 1794, où il a rejoint son fils Vincent (un officier chouan surnommé le « loup blanc », mort à l'issue du débarquement anglais de Quiberon) et sa fille Anne-Josephe, est le propriétaire foncier noble du manoir et moulin du Cleuyou. Sont également confisqués le manoir de Kerampensal, la métairie à couteaux (Coutilly) et la tenue de Sulvintin.


En savoir plus : « 1793-1805 - Sommier des comptes ouverts avec chaque émigré pour les biens nationaux »

9 Nuances de Glaz et Bleu Kerdévot

Billet du 24.08.2019 - Il ne reste plus qu'une semaine et demie pour aller à la chapelle de Kerdévot admirer la belle exposition photos « Glaz an Erge Vras », 30 grands tirages concoctés par le photographe quimpérois Bernard Galéron sur le thème du « Glaz », ce fameux bleu-vert breton naturel et multiforme.

Le cœur de cette expo Galéron, avec ses portraits en costumes et certains paysages du pays glazik, a déjà été exposé en 2018 à Quimper. Pour l'été 2019 à Kerdévot, une douzaine de portraits de figures locales et d'éléments de patrimoine proche a enrichi ce thème de la couleur « glaz » en breton recouvrant tous les bleus, et aussi le vert de la nature : la mer sous tous les temps, les volets bleus et les pelouses ou les arbres sont tous « glaz » (par contre une peinture verte est « gwer »).

Avec la palette de bleus, verts et gris, on a affaire à un véritable exercice de style, comme si c'était un cahier de tendances pour une collection de mode.

Présentées comme des tableaux sur des chevalets, les 34 photos au format A1 ont été imprimées dans le studio du photographe sur du papier toilé grâce à une grosse imprimante aux 9 cartouches d'encre. L'impression est ensuite tendue sur un cadre de bois pour un résultat impressionnant ; on peut même commander un exemplaire de chaque photo - sans le chevalet - pour un prix tout à fait raisonnable.

Les figures locales portraitisées en lien avec Ergué-Gabéric sont Hervé Jaouen (l'écrivain habitant à proximité), Ursula et Werner Preissing (les propriétaires du manoir du Cleuyou), Bernez Rouz (le journaliste bretonnant), Jean Billon (le chanteur de kan-ha-diskan et de gwerz), les mains malaxant un pain bara-bio.

Les paysages ou éléments exposés du patrimoine du territoire gabéricois sont la chapelle, le chêne et la fontaine de Kerdévot, le Stangala (la rivière d'Odet et la pointe de Griffonez), le calvaire de Stang-Luzigou.

Et on notera enfin qu'à Kerdévot c'est le bleu qui prime : toutes les portes, grilles, fenêtres de la chapelle et de la sacristie ont tous un même bleu tendre qui a l'honneur de figurer au catalogue des 72 couleurs historiques des Peintures Malouinières, une entreprise bretonne spécialisée dans les peintures à l'huile pour le patrimoine.

Le bleu « Kerdevot - J02 » n'est ni un bleu « La Royale - J04 », plus foncé, ni un « bleu de Paris - J01 », tirant sur le vert, et encore moins un vulgaire bleu marine.

 


La présentation dans le catalogue en est très poétique : « Dans le gris du granit, la vie de Finistère n'a de roche que le nom. Kerdevot réveille la rocaille et la mousse qui s'ennuient. L'éternité frémit, elle a vu la lueur. ».

La valeur numérique du Bleu Kerdevot peut être définie par le triplet hexadécimal #3286cc ou par le code couleur RVB 50 134 204, ce qui donne visuellement à l'écran :
        
En savoir plus : « Bernard Galéron, exposition 'Glaz an Erge Vras' à Kerdévot » et « Le bleu Kerdevot »

10 Photos et munificence à Odet-Lestonan

Billet du 17.08.2019 - Les archives académiques des inspections dans les écoles privées de Sainte-Marie et Saint-Joseph de 1928 à 1937 et les photos du photographe Etienne Le Grand collectées lors de la préparation en 2010 de la fête des 80 ans de l'école organisée par Gwenaël Huitric.


L'école privée des filles de Lestonan a été inaugurée et bénie le 28 septembre 1928 en présence de son fondateur René Bolloré et de l'évêque de Quimper Adolphe Duparc. Comme l'écrit le journal diocésain : « La population tout entière était massée dans la cour, admirant l'école merveilleusement décorée. Ce n'était partout que fleurs, banderoles et guirlandes, disposés avec un goût très sûr. ».

Le photographe quimpéroise Etienne Le Grand, natif du hameau Menez-Groas où est construite l'école, est venu sur place pour immortaliser l’événement, comme l'attestent les 6 clichés suivants retrouvés dans les archives familiales locales et exposés lors de la fête des 80 ans en 2010 :

Image:Right.gifImage:Space.jpg photo 1 - Le patron René Bolloré accueillant respectueusement l'évêque à la descente de sa voiture.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 2 - L'évêque Monseigneur Duparc saluant la population en entrant dans l'école.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 3 - Le clergé de dos devant les enfants, et un homme sur une échelle posant une croix.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 4 - Les petites filles ayant fait leur première rentrée coiffées d'une couronne de fleurs.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 5 - La procession des enfants, du clergé et des notables dans la cour.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 6 - La cérémonie dans la grande salle de classe tout enguirlandée.

En savoir plus : « Photos de l'inauguration de l'école Sainte-Marie en 1928 »

Autre témoignage, le dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère, sous la côte ADF 1 T 1471, et comportant 34 documents, incluant en plus des années 1928-29 les inspections jusqu'en 1937 à chaque changement de directeur ou de directrice.

Contrairement aux décennies précédentes (cf. billet de la semaine dernière), la loi Goblet de laïcisation des écoles privées est devenue moins restrictive dans les années 30, car désormais l'éducation nationale autorise la présence de religieuses et de frères dans les classes et à la direction des écoles confessionnelles.

Ainsi à Lestonan, les écoles privées de filles et de garçons érigées en 1928-29 à Lestonan par  René Bolloré,  patron  des  papeteries

 

d'Odet, sont dirigées respectivement par la congrégation religieuse des Filles du Saint-Esprit et par les frères de l'Instruction chrétienne de Ploërmel fondée par l’abbé de La Mennais.

Les rapports d'inspection suite à l'ouverture des deux écoles sont très élogieux : « les trois classes lesquelles réalisent les conditions de confort les plus modernes », « notez que les classes sont dotées du chauffage central », « l'école est pourvue de 6 cabinets de 1 m 10 de profondeur, de 6 urinoirs avec fosse septique », « établissement qui fut tout simplement construit avec munificence » (grande générosité) ...

Les déclarations d'ouverture sont faites par les directrices et directeurs, tous d'obédience religieuse et dont l'état de formation et de service est fourni. Les sœurs sont formées à Saint-Brieuc, et les frères de Ploermel ont du passer leur noviciat. Les frères forment une congrégation laïque masculine, ce qui veut dire qu'ils sont affectés à l'enseignement, mais n'ont pas le statut de prêtre.

La première directrice est Francine Le Rest, née au Folgoët en 1903 : « à Saint-Brieuc chez les Sœurs du Saint-Esprit où j'ai fait mon éducation de 1919 à 1923. ». L'Inspecteur primaire rend ainsi un avis quant à la compatibilité de son statut religieux avec l'exigence d'éducation laïque : « elle satisfait aux conditions d'âge, de capacité, de laïcité, de nationalité, de moralité exigées par la loi. »
Le premier directeur est Grégoire Salaün, né à St-Goazec en 1903, études achevées en 1929, prénom de religion Euchariste-Marie. Il restera à Lestonan jusqu'en 1931 et quittera la communauté de Ploermel en 1941.

Les autres directeurs et directrices de 1931 à 1937 sont :

  • 1931 : Jean-François Guiriec, né à Lopérec en 1899
  • 1932 : Jeanne Daëron, née à Plonévez-du-Faou en 1910
  • 1935 : Monique Kerjean, assistée de Mlles Meudec et Malléjac
  • 1936 : François Nédellec, né à Lambézellec en 1898
  • 1937 : Jeanne Bodolec, née à Langolen en 1910

Jusqu'en 1934 l'école Sainte-Marie est déclarée sans pensionnat. Lors de l'inspection d'octobre 1935, un dortoir est signalé et les effectifs sont les suivants : « Nombre d'élèves inscrits : 73, présents; 72. Nombre d'internes 23, dont 13 demi-pensionnaires. ».

En savoir plus : « 1928-1937 - Inspections académiques d'ouverture des écoles Ste-Marie et St-Joseph »

11 La laïcité selon la loi Goblet

Billet du 10.08.2019 - Les rapports d'inspections de rentrées scolaires à l'école privée des filles du bourg d'Ergué-Gabéric à l'occasion des changements des directrices laïques, dans des conditions d'occupation militaire des locaux en 1914 et de fermeture de l'école en 1916 pour cause d'illégalités et d'insalubrité.

En 1912-1919, après les agitations des années 1902-1905 - fermeture de l'école confessionnelle tenue par les sœurs de la congrégation du Saint-Esprit -, la loi de René Goblet du 30 octobre 1886 est appliquée pour le contrôle de l'activité scolaire de l'unique école primaire privée d'Ergué-Gabéric. Aucune religieuse n'est sensée y exercer le métier d'institutrice, les maîtresses sont obligatoirement des jeunes femmes laïques.

Les rapports d'inspections systématiques contiennent les dossiers des institutrices accédant au poste de directrice, laquelle est assistée de deux ou trois institutrices adjointes. Leur âge (21 ans au minimum), leur diplôme obligatoire de capacité (à savoir le brevet élémentaire), et leurs domiciles et activités précédentes (elles ne peuvent pas être religieuses) sont vérifiés pour établir le bordereau d'autorisation d'exercer et d'ouvrir l'école à chaque rentrée de septembre.

Ces jeunes institutrices sont en l’occurrence :

Image:Right.gifImage:Space.jpgMelle Donnard (avant 1912).

Image:Right.gifImage:Space.jpgAdèle Guiziou (1912 à 1915) : 21 ans en 1912.

Image:Right.gifImage:Space.jpgMarie Gourret (1915 à 1916) : 22 ans en 1915.

Image:Right.gifImage:Space.jpgAmélie Le Berre (1916 à 1917) : 26 ans en 1916, la première candidature d'Anne Rannou (déjà institutrice adjointe) est refusée car elle n'a que 20 ans en septembre 1916, et les deux autres institutrices en poste ont respectivement 16 ans et 17 ans.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEuphrasie Hélou (1917 à 1918) : 39 ans en 1917, a exercé auparavant le métier de professeur de français à Lublin en Russie.

Image:Right.gifImage:Space.jpgMonique Kerjean (1918 à 1919) : 34 ans en 1918, a déjà été directrice à Montesson (Seine-et-Oise) et à Audierne.

À la rentrée de 1914 une surprise attend la directrice Adèle Guiziou : « J'ai l'honneur de vous informer que l'école libre des filles d'Ergué-Gabéric étant occupée militairement ne peut procéder à l'ouverture de ses classes ». La guerre entre la France et l'Allemagne ayant été déclarée le 3 août, l'école privée du bourg d'Ergué-Gabéric est réquisitionnée pour la mobilisation locale des soldats bretons.

Heureusement une solution est trouvée pour accueillir provisoirement les élèves : « J'ai trouvé un local composé de deux salles attenantes sises au bourg dans lesquelles j'ai l'intention d'ouvrir les classes jusqu'à cessation de l'occupation de notre établissement par les soldats ».

En 1916 de multiples rebondissements émaillent la rentrée à l'école privée : la directrice se déclare démissionnaire, une institutrice déjà en poste âgée de 20 ans propose sa candidature, l'école ouverte illégalement doit fermer.

En octobre une deuxième inspection relève une anomalie grave : « La fosse d'aisance se trouve dans le jardin, qui est lui-même séparé de la cour par un mur. Les urines et les matières fécales s'y déversent par trois ouvertures percées obliquement dans ce mur ;

 

à la base de la fosse se trouve une autre ouverture par laquelle les excréments s'écoulent dans une sorte de 2e fosse en terre et à ciel ouvert ... », ce qui entraîne une nouvelle fermeture pour motifs sanitaires.

Et enfin, en novembre, l'inspecteur relève une autre anomalie : l'école n'a pas déclaré son pensionnat, en évoquant maladroitement a posteriori l'existence d'une simple « pension de familles ». La nouvelle directrice Amélie Le Berre doit demander la reconnaissance officielle de ses deux dortoirs d'élèves internes.

Les effectifs d'élèves accueillies dans l'école privée sont relativement importants, et supérieurs à ceux de l'école publique, comme l'écrit le maire à l'Inspecteur primaire en 1916 : « 67 enfants à l'école publique. 107 à l'école privée », ce qui fait une répartition de 50 élèves dans chacune des deux classes.

Près de la première classe, une grande pièce est réservée au réfectoire, « La cour est vaste et close. Les classes et le préau sont convenablement installés ». La capacité d'accueil des dortoirs à l'étage est également précisée dans les rapports d'inspection : 37 écolières dans l'un (obligation de deux surveillantes) et 16 dans l'autre (une surveillante).

Les postes de surveillantes des dortoirs, de la cour et du réfectoire étaient tenus vraisemblablement par les religieuses (dont la sœur Félicienne présente à l'école depuis 1898), car l'obligation de personnel laïque de la loi Goblet n'était applicable qu'aux postes d'institutrices. Le rôle « de la religieuse qui appuie et corrige ses déclarations » comme vraie autorité masquée artificiellement par les maîtresses d'école, est même relevé par l'Inspecteur de l'enseignement primaire.


En savoir plus : « 1912-1919 - L'école primaire privée des filles du bourg en période de guerre »

12 Les têtes sculptées "rastas" de Kerdévot

Billet du 03.08.2019 - La flèche supérieure du clocher de Kerdévot reconstruit en 1702 après sa chute « à cause du tonnerre et un tourbillon de vent » en février 1701, est dotée de quatre têtes sculptées très expressives, aux « mèches de la peur » (traduction littérale de dreadlocks).

Dans son registre, le recteur de la paroisse précise ainsi les circonstances de l'accident : « Le jour de la chandeleur, environ sept heurs du matin. Le tonnerre et un tourbillon de vent sapérent la tour de la chapelle de notre Dame de Kerdevot par la chambre des cloches et les mate(riaux) de la Dite tour tomberent en partie sur François le Gonidec comme il estoit prés d'entrer dans (l'église) pour entendre l'office Divin. »

L'ancien cantique « Itron Varia Kerdevot » composé onze ans après en conserve le souveir : « Breman eus bet unnec vloas da Vouel or Chandelour, Gant curun hac avel-foll e voa couezet an tour. Ma voa surprenet un den, allas ! dindan ar vein. Daouzec carrat assuret a voa couet var e guein. » (Maintenant il y a eu 11 ans à la fête de la Chandeleur A cause du tonnerre et du vent fou, le clocher tomba, Un homme hélas, fut surpris par les pierres Douze charretées au moins étaient tombées sur son dos).

Les 4 statues sont placées sur chaque face de la flèche au-dessus de la chambre des cloches. On pourrait faire un rapprochement avec des « blochets » aux quatre coins d'un transept représentant

  généralement les quatre évangélistes, mais ici aucun attribut ne permet de reconnaître un personnage biblique.

Ce ne sont pas non plus des gargouilles ou des « crossettes  » placées habituellement en bas des rampants de pignon, ou des masques plats de protecteurs car leurs têtes sont ici entières et même représentées avec leur coiffure et grosses mèches de cheveux. De part et d'autre des quatre têtes et légèrement en-dessous on peut voir des masques dits « grotesques ».

AU SUD, côté calvaire : cette tête est assortie d'une moustache en forme de guidon, d'une avancée frontale arrondie de couvre-chef, et de mèches de cheveux apparentes à l'arrière.

À L'OUEST, entrée principale : face au parvis cette tête est imberbe, les longues mèches au vent, et doit plus subir les intempéries, car les joues sont garnies de lichen.

AU NORD, long de la route : la tête, comme son vis-à-vis du sud, a une belle moustache, ses dreadlocks étant par contre plus nouées avec un bandeau avant central semblable à un casque de cycliste.

À L'EST, côté du toit : la tête est imberbe, la bouche et les joues formant une grimace, les mèches cachant les oreilles et l'avancée en pointe d'un couvre-chef ressemblant à une casquette médiévale.

Qui représentent donc ces quatre statues ? Des personnalités locales de l'époque comme le recteur Ian Baudour, le fabricien Hervé Le Masson, les nobles Geslin de Pennarun, de La Marche de Lezergué, ou alors des figures imaginées par les sculpteurs et placées si haut que personne ne peut en fait les admirer : les zooms d'appareil photos n'ont pas encore été inventés.

En savoir plus : « Les quatre têtes sculptées du clocher de la chapelle de Kerdévot »

13 Domaine royal de Kroas-ar-Gac

Billet du 27.07.2019 - Une ancienne tenue en lisière de Quélennec autour du calvaire dit « Croix du Gac », via l'acte de dénombrement A87 des Archives Départementales du Finistère et son inscription au registre papier terrier de 1682 de la Chambre des Comptes de Nantes conservé aux Archives Nationales.

Les anciens, dans les années 1980, avaient gardé la mémoire d'un calvaire qui aurait été réalisé par un dénommé Le Gac avant qu'il soit détruit sous Louis-Philippe pour restaurer la chapelle voisine de Saint-Guénolé : « On dit que sans enfant l'homme aurait légué tous ses biens dans le coin » (article de Laurent Quevilly, Ouest-France 17.06.1987).

Heureusement la piéta du calvaire a été conservée sur place, protégée encore aujourd'hui dans son abri de pierres. Par contre aucun écrit n'avait jusqu'à aujourd'hui été trouvé pour authentifier l'héritage du sieur Le Gac.

Dans le registre du papier terrier de 1682, on vient de découvrir que ce Le Gac, sans doute contemporain de Louis XIV, était le propriétaire de toutes les terres autour du calvaire, et qu'après son décès, à la réformation du domaine lancée cette « terre autrefois apellée la tenüe du Gac » est déclarée comme tenue « prochement soubz le Roy notre sire ».

Au total ce sont plus de 50 parcelles de terres pour moitié cultivables (« terres chaudes ») ou incultes (« terres froides ») qui constituent cette tenue, réparties entre les villages habités de Quélennec, Pennaneac'h, Beg-ar-Menez, et la rivière d'Odet, incluant donc également les lieux-dits de Vruguic (noté « ar bruguer ») et Stang-Odet.

Les surfaces des parcelles sont mesurées pour la plupart en cordées, pour les plus grandes en journaux : en moyenne elles font 200 cordées, soit 2,5 journaux, c'est-à-dire 120 ares ou 1,2 hectare. Ce qui donne une surface totale de la tenue du Gac d'environ 60 hectares. Un champ « Parc ar croas » de près de 700 cordées (420 ares) est signalé à proximité du calvaire.

Toutes les terres sont situées de part et d'autre du « chemin dudit lieu à la dite croix du gac », le dit lieu étant d'une part Quélennec, et par ailleurs Pennaneac'h car le calvaire est placé à égale distance des deux villages. Les cinq personnes qui déclarent l'héritage de Le Gac sont domiciliées à Quélennec pour quatre d'entre elles, et la cinquième à Kerveady.

Détenteurs d'une ancienne dépendance d'un domaine noble distant, les propriétaires de la tenue du Gac en 1682 doivent payer une rente annuelle de 28 sols tournois au « seigneur et dame de Baregan, à chacun terme de la Chandeleur payable à Querdevot au dit Ergué ».

 

Les autres servitudes et devoirs sont désormais dus au roi : « roture et simple obéissance, devoirs de lods, ventes et rachats, droit de chambellenage, foy hommage, et suitte de cour et moulin ».

En savoir plus : « 1682 - Déclaration et sentence royale pour l'ancienne tenue de la croix du Gac »


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